Dieu a regretté d'avoir créé l'homme ... plusieurs traductions écrivent :
"Dieu se repentit".
Quelle peut-être la nature du repentir divin ?
Nous trouvons les définitions suivantes à la notion de repentir :
- Manifester un regret sincère de ses péchés, de sa faute, accompagné de l'intention de réparer,
- Subir avec amertume les conséquences fâcheuses d'une action, d'un comportement.
La première approche cadre tout à fait au repentir conçu d'un point de vue biblique pour l'homme confronté à ses péchés.
Elle ne peut-être acceptable pour Dieu. Quel serait son péché ?
Par contre, la seconde définition s'apparente à la notion de regret qui ne présuppose pas l'existence d'un péché.
Il est aussi précisé que « son cœur fut peiné » car c'est une véritable déchirure pour Elohim de constater ce qu'est devenue l'humanité.
Le terme hébreu que nous avons traduit par "peiné" a une racine commune avec le mot "douleur" qui est employé en Genèse 3.16 quand Elohim dit à la femme « tu enfanteras dans la douleur ».
Puis il dit à l'homme à propos de la terre qu'il devra travailler :
« C’est dans la douleur que tu t'en nourriras tous les jours à vivre. » (Genèse 3.17)
Dieu est Esprit, il ne peut donc ressentir de douleur physique, mais une douleur spirituelle qui peut être plus vive que la souffrance physique.
C'est pourquoi il semble mieux adapté de traduire ce verset par "JHVH regretta" plutôt que par "JHVH se repentit".
Le rabbin Rachi a notamment écrit ce commentaire :
"Le midrach rend wayinna‘hem (« se ravisa ») par : « se consola ». Dieu se consola de ce qu’au moins Il avait créé l’homme sur la terre. Car s’Il l’avait créé au ciel, il aurait entraîné dans sa rébellion les mondes supérieurs.
Approche intéressante qui nous indique :
- que le verbe hébreu peut au moins se traduire de quatre façons différentes (se repentir - regretter - se raviser - se consoler),
- que l'interprétation qui en découle peut totalement dériver selon la traduction retenue.
Oui, la Bible est bien une porte ouverte à la réflexion et non un texte hermétique.
Beaucoup en profitent pour tout remettre en cause, et notamment l'omniscience de Dieu.
Car si Dieu est omniscient, comme se plaisent à l'affirmer la plupart des croyants, ne pouvait-il donc prévoir que l'humanité allait sombrer dans le péché ?
Effectivement ... Il le pouvait ... mais le voulait-Il ?
Le Dieu omniscient (Il sait tout), omnipotent (Il peut tout) et omniprésent (Il est partout) n'a-t-il pas aussi la faculté de limiter :
- Son omniscience (en ne sachant que ce qu'Il veut ou a besoin de savoir) ?
- Son omnipotence (en n'affirmant Sa toute puissance que là et où Il le juge nécessaire) ?
- Son omniprésence (en ne se manifestant que quand Il le veut) ?
Au vu des évènements quotidiens qui agrémentent l'actualité, il est clair que Dieu n'intervient pas partout ... même s'Il le peut.
Il n'est nullement responsable de cette méchanceté qui domine l'humanité et qui conduisit au Déluge.
Si tout était prévu, ou écrit d'avance, ne serions-nous pas prisonniers d'un système absurde où règnerait un déterminisme absolu ?
Que deviendrait en ce cas la notion de "libre arbitre" qui permet aux croyants d'affirmer que l'homme est partiellement maître de sa destinée et de ses choix ?
Quel serait notre espace de liberté, notre marge de manœuvre si le Dieu Créateur n'avait pas choisi de se retirer partiellement du monde pour le placer sous notre responsabilité, de nous déléguer sa gestion ?
C'est ce qu'il fit quand il dit en Genèse 1.28 :
« Fructifiez ! Multipliez ! Remplissez la terre et maîtrisez-la ! Et dominez sur le poisson de la mer, sur l'oiseau dans les cieux, et sur tout animal qui se meut sur terre. »
Oui, Dieu a un pouvoir sans limites.
Mais lorque l'Intelligence est au pouvoir, elle sait se mettre en retrait pour "faire confiance" à ceux qu'elle a délégués ... quitte à le regretter !
"Confiance", un terme qui a une racine latine (fides) commune avec la "foi".
Dieu a placé sa foi dans l'humanité.
Et si beaucoup l'ont déçu, n'en faisons pas autant !